La canicule de 2003 provoqua un pic de surmortalité jamais vu depuis la grippe espagnole, si l’on exclut les périodes de guerre. Avec environ 15 000 décès en moins de trois semaines, la surmortalité due à la canicule dépasse même celle de la première vague de Covid-19, sur des durées similaires.

Commentaires préférés (3)
Les termes "surmortalité" , "durées similaires", "pic" sont très importants dans cette anecdote qui pour le coup est très bien formulée.
Je m'imaginais une surmortalité énorme, avec un coefficient multiplicateur de 10 sur une période de 3 semaines... Alors qu'en fait d'après mes calculs la mortalité par semaine doit être de l'ordre de 15 000 morts en France (échelle de grandeur)... (On est 70 millions et on vie en moyenne 83 ans, soit en gros 70 Mi *1/83 mort par an). Donc sur trois semaines avoir une surmortalité de 15 000 morts c'est beaucoup mais à l'échelle de la France ça ne représente qu'une augmentation de 33% sur le nombre de décédés habituels !
Rappelons nous qu'en temps normal les mois d'été restent les moins meurtriers pour les personnes agées. Statistiquement c'est en hiver que les anciens passent l'arme à gauche.
"Elle a des cerises sur son chapeau, la vieille.
Elle se fait croire que c'est l'été.
Au soleil, on s'sent rassuré.
Il paraît qu'la dame à la faux,
C'est l'hiver qu'elle fait son boulot."
Ça me rappelle l'anecdote où on apprenait que le jour où les gens décédaient le plus était le 3 janvier. L'explication donnée était que les personnes fragiles attendaient le passage des fêtes pour voir leur famille, ça les maintiendrait en vie...
Plusieurs considérations :
Sur le bilan :
On a souvent prétendu que la surmortalité était due juste à « l’avance de quelques mois » de personnes en fin de vie.
Comme le rapporte une des sources si cela était vrai, on aurait dû constater une sous-mortalité dans les mois et l’année qui ont suivi et ce n’est pas le cas.
D’autre part, chaque décès a donné lieu à un constat médical sur la causalité, notamment « canicule ou pas ».
Les estimations varient de 15000 à 18000 morts.
Sur la responsabilité des pouvoirs publics :
Sous-estimation du phénomène et de ses conséquences, inexistence d’un plan « canicule » à l’instar du plan « grand froid » en hiver retard sur le déclenchement du plan blanc.
Pour les services sociaux :
Il n’y a pas eu de mobilisation particulière pour se soucier des personnes à risques comme c’est le cas en hiver. Nombreux personnels en congé et non rappelés.
Pour les hôpitaux : Réactivité rapide avec rappels de personnels et réouvertures de lits si nécessaire dans les régions non touristiques (Dans ces régions, c’est souvent assez calme en été contrairement aux régions touristiques où les services ne sont pas fermés en été - On y double plutôt les moyens par prévoyance).
A noter, l’habitude de réactivité et disponibilité des personnels hospitaliers en cas de problème.
A la grosse différence de l’épisode Covid-19, il n’y avait pas de risque de contagion, les procédures étaient connues, la durée a été relativement brève.
Et pas besoin d’instruction ministérielle ou préfectorale particulière pour se mettre en branle.
Pour terminer, communication désastreuse du gouvernement, en particulier du 1er ministre, Jean-Pierre Raffarin et, plus encore, du ministre de la santé, Jean-François Mattéi.
www.ina.fr/ina-eclaire-actu/canicule-aout-2003-ministre-sante-jean-francois-mattei-var
Tous les commentaires (19)
Les termes "surmortalité" , "durées similaires", "pic" sont très importants dans cette anecdote qui pour le coup est très bien formulée.
Je m'imaginais une surmortalité énorme, avec un coefficient multiplicateur de 10 sur une période de 3 semaines... Alors qu'en fait d'après mes calculs la mortalité par semaine doit être de l'ordre de 15 000 morts en France (échelle de grandeur)... (On est 70 millions et on vie en moyenne 83 ans, soit en gros 70 Mi *1/83 mort par an). Donc sur trois semaines avoir une surmortalité de 15 000 morts c'est beaucoup mais à l'échelle de la France ça ne représente qu'une augmentation de 33% sur le nombre de décédés habituels !
Rappelons nous qu'en temps normal les mois d'été restent les moins meurtriers pour les personnes agées. Statistiquement c'est en hiver que les anciens passent l'arme à gauche.
"Elle a des cerises sur son chapeau, la vieille.
Elle se fait croire que c'est l'été.
Au soleil, on s'sent rassuré.
Il paraît qu'la dame à la faux,
C'est l'hiver qu'elle fait son boulot."
Ça me rappelle l'anecdote où on apprenait que le jour où les gens décédaient le plus était le 3 janvier. L'explication donnée était que les personnes fragiles attendaient le passage des fêtes pour voir leur famille, ça les maintiendrait en vie...
Plusieurs considérations :
Sur le bilan :
On a souvent prétendu que la surmortalité était due juste à « l’avance de quelques mois » de personnes en fin de vie.
Comme le rapporte une des sources si cela était vrai, on aurait dû constater une sous-mortalité dans les mois et l’année qui ont suivi et ce n’est pas le cas.
D’autre part, chaque décès a donné lieu à un constat médical sur la causalité, notamment « canicule ou pas ».
Les estimations varient de 15000 à 18000 morts.
Sur la responsabilité des pouvoirs publics :
Sous-estimation du phénomène et de ses conséquences, inexistence d’un plan « canicule » à l’instar du plan « grand froid » en hiver retard sur le déclenchement du plan blanc.
Pour les services sociaux :
Il n’y a pas eu de mobilisation particulière pour se soucier des personnes à risques comme c’est le cas en hiver. Nombreux personnels en congé et non rappelés.
Pour les hôpitaux : Réactivité rapide avec rappels de personnels et réouvertures de lits si nécessaire dans les régions non touristiques (Dans ces régions, c’est souvent assez calme en été contrairement aux régions touristiques où les services ne sont pas fermés en été - On y double plutôt les moyens par prévoyance).
A noter, l’habitude de réactivité et disponibilité des personnels hospitaliers en cas de problème.
A la grosse différence de l’épisode Covid-19, il n’y avait pas de risque de contagion, les procédures étaient connues, la durée a été relativement brève.
Et pas besoin d’instruction ministérielle ou préfectorale particulière pour se mettre en branle.
Pour terminer, communication désastreuse du gouvernement, en particulier du 1er ministre, Jean-Pierre Raffarin et, plus encore, du ministre de la santé, Jean-François Mattéi.
www.ina.fr/ina-eclaire-actu/canicule-aout-2003-ministre-sante-jean-francois-mattei-var
Statistiques décès en France (y compris hors métropole) :
Août 2002 : 40461
Août 2003 : 56560 soit + 40% !
Il semble que le jour le plus fréquent d’un décès d’une personne est le jour de son anniversaire :
fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_personnalit%C3%A9s_mortes_le_jour_de_leur_anniversaire
+33% à l'échelle nationale mais +170% dans les départements pauvres d'Ile de France. Des entrepôts de Rungis ont été réquisitionnés pour entreposer le surplus de corps dont on ne savait que faire.
Et pour compléter Tristam, la surmortalité a principalement touchée les clie.. résidents des maisons de retraite et les personnes seules à domicile que les malades à l'hôpital.
Justement, comme dans beaucoup d’anecdotes, je n'arrive pas à savoir si les 15 000 décès concernent le monde entier ou uniquement la France.
Un Belgo-Canadien ^^
Pour les statistiques selon les zones géographiques, les lieux, les personnes…, je pense qu’il y a plus de détails dans les rapports de l’INSERM.
Je me suis arrêté à l’essentiel.
Pour les hôpitaux, le problème n’a pas tellement concerné les malades déjà hospitalisés (quoique…) mais ceux qui étaient admis en hyperthermie ou avec une pathologie aggravée par la canicule ainsi que, ce qui arrive souvent, des personnes déjà décédées et pour lesquelles le décès est constaté à l’hôpital ou dans une ambulance missionnée par le SAMU ou amenée par les pompiers.
Étant en responsabilité sur le terrain, je peux garantir que cela a créé une affluence particulière aux urgences et rempli les hôpitaux avec beaucoup de travail et que ceux-ci ont réagi avec efficacité. En plus, il a fallu fournir journellement des renseignements précis avant 17h à la Direction des hôpitaux.
Les personnels n’ont pas chômé même renforcés (on a dû rappeler des personnels en congé mais, comme toujours dans ce genre de circonstance, du personnel en repos se présente spontanément et ne compte pas ces heures).
J’insiste là-dessus pour montrer cette capacité de se mobiliser face en particulier à un ministre en polo dans son jardin qui dit à la tv : pas de panique, la situation est sous contrôle.
Pour les résidents en maison de retraite, je serais curieux de connaître le détail suivant le type d’établissement, selon qu’il y a du personnel soignant sur place ou non.
Pour les quartiers les plus démunis, bien sûr que c’est là où il y a plus de risques.
N’empêche que depuis qu’il y a des plans canicule et grand froid qui mobilisent les services sociaux, on ne retrouve plus les chiffres de décès de l’hiver 1954 ou de la canicule 2003.
Lors des canicules de 2025 on n’a pas constaté de surmortalité particulière.
Uniquement en France pour cette statistique^^
Excuse-moi, je n’ai pas compris ton calcul :
Selon l’INSEE
2002 - Décès en France : 540000
soit /52 : 10400 par semaine
2003 - Décès en France : 558800, soit /52 : 10600 par semaine
2025 - Décès en France : 651000,
soit /52 : 12500 par semaine
Si son calcul est approximatif, c’est parce qu’il a pris des chiffres à la louche. Et peut-être davantage valables en 2025 qu’en 2003 en effet. En omettant que les morts ne sont pas réguliers d’une année sur l’autre puisqu’il dépendent de l pyramide des âges. Ton approche prenant la référence du nombre de décès l’année 2002 est la plus juste en effet.
Du coup, 15 000 morts de la canicule sur 3 semaines, ça fait 5 000 par semaine, et avec tes chiffres cela fait une augmentation de 50 % par rapport au chiffre de référence. Donc on reste quand même dans l’ordre de grandeur.
Oui j'imagine que sans la mobilisation du personnel hospitalier, le bilan aurait été différent, comme souvent. J'attirai l'attention là dessus parce qu'une surmortalité moindre dans les hôpitaux qu'à domicile ou ephad contredit la logique première et parait assez révélateur.
Du coup le surplus de travail dont tu parles, c'était vraiment du médical ? Ou plutôt du paramédical et de "l'accompagnement" (les principales causes de décès étant déshydratation et "coup de chaleur") ?
À l’hôpital, le médical est intimement lié au paramédical.
L’un n’existe pas sans l’autre : le médical préconise, procède à des examens et prescrit des actes d’investigation pour faire un diagnostic et prescrire des soins qui peuvent être remis en question au fur et à mesure des évolutions.
La charge de travail et sa qualité reposent sur les deux qui doivent agir de concert. Le paramédical a d’autre part un rôle propre dit de soins infirmiers qu’il revendique.
Le travail de l’équipe dépend de l’entente et et de la cohésion de l’équipe comme dans de nombreux autres domaines.
Évidemment selon les équipes et les qualités des leaders, ça fonctionne plus ou moins bien mais, d’une façon générale, face à la conscience et à la responsabilité humaine, ça marche plutôt correctement face à la conscience de l’enjeu humain.
Il n’est pas anodin que le monde soignant soit essentiellement féminin et le devienne de plus en plus en médecine.
Je pourrais en parler pendant des heures…
Certes mais tu ne me réponds pas du tout. Bien sûr qu'à l'hôpital médical et paramédical sont liés. Mais ce n'est pas pour autant la même chose et j'imagine que t'arrives quand même à faire le distinguo entre les 2.
Il y a pleins d'endroits où l'un existe sans l'autre.
Ma question pour être plus clair, c'est de ton point de vue de cette expérience, est ce que survivre à la déshydratation ou à un coup de chaleur nécessite un accompagnement médical, où pas forcément et que ça aurait pu être réalisé par les agents d'ephad par exemple, dans l'hypothèse où ils auraient eu la possibilité d'accorder plus de 5 min à chaque pensionnaires.
L'été 2003 a surtout été un événement déclencheur ( des médias et des consciences ) sur les risques lié au grande chaleur sur un long terme pendant les congés d'été et surtout dans les grandes villes désertées par les actifs et leurs familles et à un moment où les climatiseurs n'étaient pas les priorités des ménages , nos anciens isolés on malheureusement payé les frais de cette vague de chaleur !
On chiffre, on analyse, on débat, on se rassure comme on peut...
Mais n'oublions pas d'éprouver quand même un peu de honte.
Car nos aînés, on les laisse mourir (pour ne pas dire "crever") souvent seuls, matraités et loin de chez eux dans des maisons de repos sous-financées.
Je me souviens parfaitement de cet été. De nombreuses personnes âgées sont décédées soit en EHPAD, soit pire encore dans la solitude parce que leurs familles n’ont pas voulu interrompre leurs vacances d’été pour venir prendre soin d’elles
Je suis très heureux de lire tout ces coms.
Ça parlait canicule et covid, j'étais anxieu à l'idée de tomber sur des coms relativisant tout ça (voir niant...) mais non.
Intéressants, construits, j'en pleurerai presque !
Youhou !
Ok, je vais essayer de te répondre bien qu’il y a maintenant un bail que j’ai quitté le secteur.
D’abord, je te suggère de lire la source suivante sur l’hyperthermie.
www.elsan.care/fr/pathologie-et-traitement/maladies-generale/hyperthermie-causes-traitements
Il faut distinguer la prévention et les soins en cas d’hyperthermie.
Pour la prévention, depuis 2003 il y a chaque année des campagnes avec des consignes et des obligations dont les principales sont des pièces climatisées et une hydratation continue.
Les services sociaux ont mis également en place des moyens comme par exemple, pour les personnes à risque, de s’inscrire sur une liste permettant des contacts réguliers de surveillance comme les « maraudes » par grand froid.
Nonobstant ces mesures de prévention, normalement les personnels en établissement sont sensibilisés aux risques d’hyperthermie et c’est le rôle d’un infirmier (quand il y en a un) d’alerter un médecin, seul compétent pour établir un diagnostic et prescrire une thérapie qui, si elle ne peut être réalisée sur place devra l’être en hospitalisation en passant par les urgences avec souvent coordination du SAMU.
Apparemment, ça fonctionne plutôt bien puisque lors des canicules de l’été dernier on n’aurait pas constaté de surmortalité particulière et que les hospitalisations ont connu une suractivité notamment en services d’urgence.
Reste un problème d’appréciation : je prétends que théoriquement, sauf accident avec décès immédiat, « on » devrait mourir majoritairement en service de réanimation ou de soins intensifs (on tente le tout pour le tout sans parler d’acharnement thérapeutique). Pratiquement, il y a toujours un moment où « on » pense que, vu l’état notamment d’une personne âgée déjà bien handicapée, « on » parle de « mourir dans la dignité » et c’est lui « rendre service de la laisser mourir en paix sur place ». Il y a des décisions difficiles et des erreurs faciles !
J’ajoute une constatation personnelle : comme dans toutes les professions, il y a des personnels compétents et consciencieux mais d’autres « moins » ! c’est à l’encadrement de veiller à la qualité du service mais, comme le disait un jésuite « la proportion des imbéciles est la même partout, y compris chez les jésuites ». J’ajoute « y compris chez les professionnels de santé ».
Restent les « abandons scandaleux » par les familles : c’est plus facile à juger de loin que de près. J’ai eu l’occasion de vérifier que les situations familiales sont assez souvent compliquées… Et puis, il y a une part payante qui n’est jamais négligeable…
Sans m’étendre davantage, qu’en matière d’hébergement des personnes âgées, il y en a de différents types de la simple maison de retraite à l’EHPAD et le Long séjour ainsi que les soins palliatifs avec des statuts différents : public, privé à but lucratif, privé à but non lucratif sans compter « clandestins ».
Je te remercie pour la réponse.
Effectivement tu pourrais en parler pendant des heures ! ^^