Les premières trompettes n’avaient ni pistons ni clés. Les musiciens produisaient les différentes notes en changeant la forme de leurs lèvres. Ces "trompettes naturelles" furent surtout utilisées aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, mais on les emploie encore parfois aujourd’hui dans les pièces baroques.

Commentaires préférés (3)
Les trompettistes actuels produisent encore différentes notes en adaptant les lèvres et le souffle, malgré l'utilisation des pistons.
Par exemple la position 0, tous les pistons relevés permet de faire deux do, deux sol, et un mi.
Plusieurs précisions :
Déjà, on ne parle pas que des trompettes mais bien de l'ensemble des cuivres.
Le premier piston a été breveté en début du 19e siècle (1813 de mémoire). Il était décrit comme lourd, encombrant et bruyant... Il ne s'est donc pas imposé immédiatement.
Les instruments concernés étaient le cor et la trompette. Le tuba a lui été inventé bien plus tard par un certain Adolphe Sax, déjà connu des lecteurs assidus de SCMB, et le trombone a lui conservé son jeu à la coulisse, bien qu'ayant aussi fini par obtenir un barillet.
Concernant le "jeu naturel" : il ne faut surtout pas croire que ça a disparu avec les pistons !
En effet, le rôle des pistons est de changer la longueur des tuyaux... Or, avec juste trois pistons, ça vous fait uniquement 7 longueurs différentes...
Ce n'est donc pas 1 longueur = 1 note mais 1 longueur = 1 série de notes. Et c'est cette même série de notes* que peuvent jouer les instruments naturels.
En combinant avec plusieurs longueurs différentes, on arrive de cette manière à jouer toutes les notes sur l'ensemble du registre de l'instrument.
Ce dernier point fait donc que la technique des lèvres... ne change pas plus que ça en passant aux pistons.
On doit toujours plus ou moins comprimer les muscles des lèvres et ajuster le débit d'air en fonction de la hauteur mais aussi de l'intensité des sons.
Simplement, les pistons permettent de jouer des notes qui n'existent pas sur un instrument naturel.
*Cette série est celle des harmoniques naturels. En termes de fréquence (Hz), ce sont tous les multiples entiers d'une fréquence fondamentale, laquelle est définie par la longueur de tuyau.
On peut donc jouer une note grave, p.ex. Do, ainsi que les suivantes : Do' (octave), sol', do'' (2 octaves), mi'', sol'', si bémol", do''', ré''', mi''', etc.
Plus on monte, plus les notes sont rapprochées, il est donc possible de jouer des mélodies dans le registre aigu d'un instrument cuivre naturel.
Ça fait plaisir de voir des collègues par ici !
J'en rajoute encore pour la dernière partie de l'anecdote :
D'une part, si les trompettes baroques ainsi que les cors "naturels" sont aujourd'hui communément utilisés pour toute musique antérieure au romantisme (et donc pas uniquement baroque), ça n'a pas toujours été le cas : l'interprétation musicale "historiquement informée" est un concept relativement récent à l'échelle de l'histoire de la musique occidentale, on parle des 70 à 50 dernières années.
Et donc, on a totalement arrêté d'utiliser ces instruments depuis disons la fin du 19e siècle.
Pour jouer ces instruments aujourd'hui, on ne se repose plus sur une tradition pluri-centenaire mais sur (1) les sources historiques et (2) l'expérience : on tente des trucs.
Une conséquence notable est l'utilisation de trous à la trompette baroque pour faciliter la production de certains sons : ça fonctionne super, ça rend les choses pas trop difficiles surtout quand on doit passer de l'instrument d'époque à l'instrument moderne... mais on sait aujourd'hui que ça n'a rien d'historique.
2e chose : les instruments naturels et à pistons ont largement cohabité durant tout le 19e siècle. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les instruments naturels ne se sont pas laissé remplacer aussi facilement que ça, en particulier en France qui était particulièrement conservatrice sur le sujet.
Ainsi, au conservatoire de Paris, fondé au tout début du 19e siècle, ont cohabité des classes de "cor chromatique" (= à pistons) et de "cor naturel" (appelé "cor d'harmonie" à l'époque - oui, c'est le nom actuel donné à l'instrument moderne...). Et quand il fallait fermer une classe... c'était celle à pistons qui y passait ! Ce n'est qu'au changement de siècle que la classe de cor chromatique devint pérenne.
De plus, il était même récurrent d'avoir les deux types d'instruments dans une même formation : 2 cors chromatiques et 2 cors naturels. Cette formation est notamment utilisée par Robert Schumann dans son morceau de concert pour 4 cors.
Anecdote : c'était aussi un bon moyen pour un compositeur de faire avec la qualité des musiciens... J'ai joué récemment la partie de 3e cor dans la 3e symphonie de Saint-Saëns... une partie de cor chromatique. Saint-Saëns a donné les parties de cor naturel aux 1er et 2e cornistes et celles de chromatique aux cors 3-4. Je m'éclatais tandis que ma collègue au 1er cor s'emmerdait comme un rat mort ^^
On peut imaginer que le 1er cor de l'orchestre pour lequel écrivait Saint-Saëns n'était plus au niveau et que le compositeur a donc utilisé une spécificité de l'instrument pour faire du 3e cor le cor solo du groupe !
Tous les commentaires (12)
Comme un clairon
Les trompettistes actuels produisent encore différentes notes en adaptant les lèvres et le souffle, malgré l'utilisation des pistons.
Par exemple la position 0, tous les pistons relevés permet de faire deux do, deux sol, et un mi.
Plusieurs précisions :
Déjà, on ne parle pas que des trompettes mais bien de l'ensemble des cuivres.
Le premier piston a été breveté en début du 19e siècle (1813 de mémoire). Il était décrit comme lourd, encombrant et bruyant... Il ne s'est donc pas imposé immédiatement.
Les instruments concernés étaient le cor et la trompette. Le tuba a lui été inventé bien plus tard par un certain Adolphe Sax, déjà connu des lecteurs assidus de SCMB, et le trombone a lui conservé son jeu à la coulisse, bien qu'ayant aussi fini par obtenir un barillet.
Concernant le "jeu naturel" : il ne faut surtout pas croire que ça a disparu avec les pistons !
En effet, le rôle des pistons est de changer la longueur des tuyaux... Or, avec juste trois pistons, ça vous fait uniquement 7 longueurs différentes...
Ce n'est donc pas 1 longueur = 1 note mais 1 longueur = 1 série de notes. Et c'est cette même série de notes* que peuvent jouer les instruments naturels.
En combinant avec plusieurs longueurs différentes, on arrive de cette manière à jouer toutes les notes sur l'ensemble du registre de l'instrument.
Ce dernier point fait donc que la technique des lèvres... ne change pas plus que ça en passant aux pistons.
On doit toujours plus ou moins comprimer les muscles des lèvres et ajuster le débit d'air en fonction de la hauteur mais aussi de l'intensité des sons.
Simplement, les pistons permettent de jouer des notes qui n'existent pas sur un instrument naturel.
*Cette série est celle des harmoniques naturels. En termes de fréquence (Hz), ce sont tous les multiples entiers d'une fréquence fondamentale, laquelle est définie par la longueur de tuyau.
On peut donc jouer une note grave, p.ex. Do, ainsi que les suivantes : Do' (octave), sol', do'' (2 octaves), mi'', sol'', si bémol", do''', ré''', mi''', etc.
Plus on monte, plus les notes sont rapprochées, il est donc possible de jouer des mélodies dans le registre aigu d'un instrument cuivre naturel.
Vu ton pseudo et ton avatar, je te crois sur parole…
Merci cher collègue pour ces précisions de bon alois, je n’aurais pas dis mieux !
Je ne pourrais que rajouter que le trombone s’appelait alors « saqueboute » du vieux français « saquer » : tirer, et « bouter » : pousser.
Et que c’est le 1er instrument à avoir été réintroduit dans les églises au XVe, après que tout les instruments furent interdis pendant des siècles, ne laissant que le chant grégorien officier en les lieux saints.
La saqueboute a été la 1ere à être réintroduite car elle pouvait doubler et soutenir les 4 voix (basse, ténor, alto et soprano) sans prendre le devant. En effet la douceur de la saqueboute et sa capacité à « glisser » de notes en notes l’a souvent associé à l’instrument le plus proche de la voix. Ses déclinaisons en tailles lui permettait aussi de couvrir tous les registres de la voix humaines, en faisant un instrument d’accompagnement de choix.
Ce ne fut qu’un siècle plus tard, que le Concile de Trente (1545-1563) autorisa d’abord l’orgue, puis trompette et violes à revenir dans les églises.
Ça fait plaisir de voir des collègues par ici !
J'en rajoute encore pour la dernière partie de l'anecdote :
D'une part, si les trompettes baroques ainsi que les cors "naturels" sont aujourd'hui communément utilisés pour toute musique antérieure au romantisme (et donc pas uniquement baroque), ça n'a pas toujours été le cas : l'interprétation musicale "historiquement informée" est un concept relativement récent à l'échelle de l'histoire de la musique occidentale, on parle des 70 à 50 dernières années.
Et donc, on a totalement arrêté d'utiliser ces instruments depuis disons la fin du 19e siècle.
Pour jouer ces instruments aujourd'hui, on ne se repose plus sur une tradition pluri-centenaire mais sur (1) les sources historiques et (2) l'expérience : on tente des trucs.
Une conséquence notable est l'utilisation de trous à la trompette baroque pour faciliter la production de certains sons : ça fonctionne super, ça rend les choses pas trop difficiles surtout quand on doit passer de l'instrument d'époque à l'instrument moderne... mais on sait aujourd'hui que ça n'a rien d'historique.
2e chose : les instruments naturels et à pistons ont largement cohabité durant tout le 19e siècle. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les instruments naturels ne se sont pas laissé remplacer aussi facilement que ça, en particulier en France qui était particulièrement conservatrice sur le sujet.
Ainsi, au conservatoire de Paris, fondé au tout début du 19e siècle, ont cohabité des classes de "cor chromatique" (= à pistons) et de "cor naturel" (appelé "cor d'harmonie" à l'époque - oui, c'est le nom actuel donné à l'instrument moderne...). Et quand il fallait fermer une classe... c'était celle à pistons qui y passait ! Ce n'est qu'au changement de siècle que la classe de cor chromatique devint pérenne.
De plus, il était même récurrent d'avoir les deux types d'instruments dans une même formation : 2 cors chromatiques et 2 cors naturels. Cette formation est notamment utilisée par Robert Schumann dans son morceau de concert pour 4 cors.
Anecdote : c'était aussi un bon moyen pour un compositeur de faire avec la qualité des musiciens... J'ai joué récemment la partie de 3e cor dans la 3e symphonie de Saint-Saëns... une partie de cor chromatique. Saint-Saëns a donné les parties de cor naturel aux 1er et 2e cornistes et celles de chromatique aux cors 3-4. Je m'éclatais tandis que ma collègue au 1er cor s'emmerdait comme un rat mort ^^
On peut imaginer que le 1er cor de l'orchestre pour lequel écrivait Saint-Saëns n'était plus au niveau et que le compositeur a donc utilisé une spécificité de l'instrument pour faire du 3e cor le cor solo du groupe !
Wahou, merci pour vos complément, tous, c’est un pur régal à lire. JMCMB au moins 15 fois de plus.
J’ai vu passer ces essais de percer des trous dans les trompettes naturelles afin d’être bouchées aux doigts et faciliter les chromatismes. Mais il semblerait que cela altère beaucoup la qualité de son de l’instrument, tout en étant fustigé par les puristes du « naturel » !
Grand merci pour tous ces détails dans les commentaires !
Puisqu'on a ici deux spécialistes, j'aimerais leur poser une question un tout petit peu à côté du sujet, et qui me tracasse depuis longtemps :
Pourquoi la trompette "moderne" (enfin la plus répandue aujourd'hui) est elle en si bémol et pas en ut ?
Pour que les non-musiciens comprennent ma question : la trompette, à l'instar d'autres instruments à vent (clarinettes et saxs notamment) est un instrument transpositeur : si je demande à un trompettiste de jouer un do, cela correspondra à un si bémol sur ma guitare.
On en croise de nos jours encore beaucoup des trompettes avec que le pavillon servant de bouche !
3 do:
Do
Ut
Contre- ut ☝️
Le deux existent
Pour ma trompette a les deux options ( un jeu de coulisses en si bemol, et un en ut)
La trompette s'apprend d'abord en si bemol, et l'ut vient plus tard
Pourquoi je l'ignore
Mais le switch a ete assez déstabilisant.
Et mon "oreille" est déformée a vie