La plus grande extinction de l'histoire est celle du Permien-Trias, il y a 252 millions d'années. Surnommée la "Grande Mort", elle a décimé 95 % des espèces marines et 70% des vertébrés terrestres. L’origine de cataclysme est sujette à débat : supervolcan, météorite, dégradation de l'environnement...

Commentaires préférés (3)
Pourquoi ne pas demander à Michel Drucker ?
L'origine de cette extinction de masse est très certainement multifactorielle. Ceci est d'autant plus appuyé par le fait qu'elle n'avait rien de soudain : le principal pic d'extinction identifié a duré entre 60k et 80k années (certes court à l'échelle géologique) tandis qu'il est encore incertain s'il y a eu une seule ou plusieurs phases, séparées potentiellement de jusqu'à 1M d'années.
On peut notamment noter que les événements d'extinction au sein des ostracodes (des crustacés de taille microscopique) et des brachiopodes, tous deux associés à l'extinction P-T, sont séparés de 1.17M d'années...
Enfin, il faut aussi voir que l'extinction P-T arrive alors que la vie s'est déjà pris l'extinction du Capitanien dans la tronche environ 7 millions d'années avant, une extinction pas marrante non plus avec notamment une perte de 74% à 80% des genres de tétrapodes, entre autres choses...
Dans tous les cas, la vie n'était certainement pas toute simple à l'époque : on a les fameux trapps de Sibérie mais aussi autre chose que l'anecdote ne mentionne pas : la formation de la Pangée vers la fin du Permien.
Avec un seul supercontinent, la configuration des courants est dramatiquement altérée et la longueur des côtes à l'échelle mondiale est réduite au minimum possible, ce qui est un peu dommage pour la vie de manière générale qui a tendance à beaucoup apprécier ces écosystèmes...
La majorité des terres émergées se retrouve éloignée des côtes. Et donc, avec un supercontinent, on a également des superdéserts.
En ce qui concerne les tétrapodes, l'extinction a été le début de la chute des therapsides... soit nos très lointains cousins et ancêtres. Avant ça, les principaux superprédateurs terrestres étaient des therapsides, avec notamment les gorgonopsiens.
Cette situation de domination de la chaîne alimentaire par les therapsides s'est affaiblie pendant la première partie du Trias tandis que les archosaures (soit le groupe duquel les crocodiliens et les dinosaures sont issus) faisaient leur apparition.
L'événement d'extinction suivant (qui n'est cependant pas une extinction de masse), appelé "épisode pluvial du Carnien" en raison d'un climat qui passe de très aride à très humide, va marquer l'entrée en scène des dinosaures, à -230 millions d'années, et donc le passage au second plan des therapsides dont il ne reste alors plus que le groupe des cynodontes, des petites bestioles insectivores et nocturnes...
Merci pour ce "résumé" très instructif :)
C'est toujours passionnant l'histoire des ères anciennes , surtout quand en plus c'est raconté de manières très abordable !
Tous les commentaires (9)
Pourquoi ne pas demander à Michel Drucker ?
C'est Chuck Norris qui était grognon ce jour-là, et il a interdit à Michel Drucker de raconter ce qu'il a vu.
L'origine de cette extinction de masse est très certainement multifactorielle. Ceci est d'autant plus appuyé par le fait qu'elle n'avait rien de soudain : le principal pic d'extinction identifié a duré entre 60k et 80k années (certes court à l'échelle géologique) tandis qu'il est encore incertain s'il y a eu une seule ou plusieurs phases, séparées potentiellement de jusqu'à 1M d'années.
On peut notamment noter que les événements d'extinction au sein des ostracodes (des crustacés de taille microscopique) et des brachiopodes, tous deux associés à l'extinction P-T, sont séparés de 1.17M d'années...
Enfin, il faut aussi voir que l'extinction P-T arrive alors que la vie s'est déjà pris l'extinction du Capitanien dans la tronche environ 7 millions d'années avant, une extinction pas marrante non plus avec notamment une perte de 74% à 80% des genres de tétrapodes, entre autres choses...
Dans tous les cas, la vie n'était certainement pas toute simple à l'époque : on a les fameux trapps de Sibérie mais aussi autre chose que l'anecdote ne mentionne pas : la formation de la Pangée vers la fin du Permien.
Avec un seul supercontinent, la configuration des courants est dramatiquement altérée et la longueur des côtes à l'échelle mondiale est réduite au minimum possible, ce qui est un peu dommage pour la vie de manière générale qui a tendance à beaucoup apprécier ces écosystèmes...
La majorité des terres émergées se retrouve éloignée des côtes. Et donc, avec un supercontinent, on a également des superdéserts.
En ce qui concerne les tétrapodes, l'extinction a été le début de la chute des therapsides... soit nos très lointains cousins et ancêtres. Avant ça, les principaux superprédateurs terrestres étaient des therapsides, avec notamment les gorgonopsiens.
Cette situation de domination de la chaîne alimentaire par les therapsides s'est affaiblie pendant la première partie du Trias tandis que les archosaures (soit le groupe duquel les crocodiliens et les dinosaures sont issus) faisaient leur apparition.
L'événement d'extinction suivant (qui n'est cependant pas une extinction de masse), appelé "épisode pluvial du Carnien" en raison d'un climat qui passe de très aride à très humide, va marquer l'entrée en scène des dinosaures, à -230 millions d'années, et donc le passage au second plan des therapsides dont il ne reste alors plus que le groupe des cynodontes, des petites bestioles insectivores et nocturnes...
Merci pour ce "résumé" très instructif :)
C'est toujours passionnant l'histoire des ères anciennes , surtout quand en plus c'est raconté de manières très abordable !
Anthropocène va-t-il faire pire ?
Oui, je pense qu'on attend 25 ans et on aura la certitude d'être la cause d'une extinction pire :/
Merci pour cette explication rapide et super agréable a lire
Bien que je soutiens le message de fond, à savoir une condamnation du rôle anthropique dans l'événement d'extinction actuel, je vais mettre un peu d'eau dans le vin sur la forme.
En effet, sans même parler de dépasser l'extinction P-T, est-ce qu'on peut parler d'extinction massive pour ce qu'on voit de nos jours ?
Définition (oui, ça fait très tiroirs à rangement mais c'est toujours utile pour comparer) :
Une extinction massive est un événement d'extinction lors duquel au moins 75% des espèces, 50% des genres et 10% des familles d'espèces s'éteignent, sans distinction géographique ou écologique : plantes, animaux, espèces terrestres ou marines, environnement tropical, désertique ou polaire...
Donc déjà, genres et familles, qu'est-ce que ça veut dire ? Ce sont les deux plus petits rangs taxonomique juste après l'espèce. Nous, Homo sapiens, sommes du genre Homo et de la famille des Hominidae (avec les chimpanzés, gorilles et orangs-outans).
Exemples :
- Genre : faucons, chênes, rennes
- Famille : félins, orchidées, cervidés
Donc 10% des familles qui disparaissent, c'est pas juste la disparation des guépards, c'est : "Ah bah zut, plus de lions, de tigres, de pumas, de chats...".
Ça ne veut pas dire que ça ne peut pas arriver. Uniquement qu'une vie humaine ne suffira pas pour constater ça. Pour rappel, pour la pire de toutes les extinctions connues (celle de l'anecdote), on parle de centaines de milliers d'années au minimum...
Actuellement, ce qu'on voit qui est grave, c'est la vitesse à laquelle les choses se passent. On constate, dans certains cas limités, des taux dépassant déjà les valeurs limites, comme 80% d'extinction des espèces au sein de la mégafaune. Le problème est justement qu'il s'agit d'un cas limité : en comparaison, les petits animaux sont longtemps restés tranquilles. Or, on peut commencer à parler d'extinction de masse quand même les rats et les cafards commencent à suer !
Cependant, le taux d'extinction est lui effectivement extrêmement préoccupant et pousse à dire que l'extinction en cours pourrait effectivement devenir une extinction massive si elle se poursuit sur les siècles à venir (ce qui est déjà TRÈS court).
Là, je cite wikipédia :
- Si toutes les espèces « menacées » disparaissent dans les 100 prochaines années et que le taux d’extinction demeure constant, on s'attend à ce que les vertébrés atteignent ce seuil [75% d'extinction des espèces] en environ 240 à 540 ans.
- Si toutes les espèces en « danger critique » disparaissent dans les 100 prochaines années, on s'attend à ce que ce seuil soit atteint en environ 890 à 2270 ans.
Encore une fois, même si ces temps semblent très longs à notre échelle, ils seraient inédits par leur courte durée à l'échelle des temps géologiques : ça n'a strictement jamais été aussi rapide, même lorsqu'une météorite est venue griller le Yucatán.
J'ajoute enfin que dans l'absolu, l'extinction des espèces est un phénomène normal.
De tous temps, des espèces ont disparu, c'est un résultat attendu de la théorie synthétique de l'évolution : une espèce qui n'est plus adaptée à son milieu pour une raison X ou Y est vouée à disparaître. On parle de bruit de fond, de taux d'extinction normal ou encore, en anglais, de "background extinction rate".
En moyenne, la durée de vie des espèces est de 5 à 10 millions d'années et on constate un taux d'extinction normal d'une espèce par million d'espèces par an.
On peut donc s'émouvoir de la disparition d'une espèce en particulier mais là n'est pas le phénomène anormal.
Pour parler d'un phénomène anormal, il faut constater un écart par rapport au taux normal de 1 espèce par million d'espèces par an.
Résultat : 468 espèces de vertébrés disparues depuis 1900 selon les estimations basses, contre 9 attendues du fait du taux normal d'extinction.